BIBLIOTHEQUE NATIONALE DE FRANCE

SERVICE DE LA PHOTOGRAPHIE CONTEMPORAINE

 

........Thomas Devaux est l’auteur de plusieurs séries ambitieuses et complexes, où entrent en jeu tant les valeurs fondatrices que les évolutions actuelles de la photographie. La valeur indicielle de la photographie n’est pas niée : il s’agit bien d’une prise de vue directe, mais une prise de vue envisagée d’emblée comme fragment d’une recomposition future. Thomas Devaux utilise sa moisson de photographies de la même manière que les fragments d’images qu’il prélevait dans des livres d’art pour élaborer sa série COLLAGES. Ici intervient une notion capitale dans son travail : celle de déchirure. Déchirure manuelle de l’image reproduite ou déchirure numérique, c’est une même prise de position : la dissémination d’une unité et sa reconstruction sous une autre forme, arbitraire celle-ci, née de son imaginaire et de son savoir visuel. Thomas Devaux travaille sur le possible des formes, sur leur mode d’apparition.

.........Les œuvres composant ATTRITION participent par leur composition et leur volonté figurale, d’une double articulation entre emprunt et réinterprétation d’une part, et ancrage dans l’histoire de l’art d’autre part. La série ATTRITION, grâce aux possibilités étendues des techniques numériques dont Thomas Devaux tire un vrai parti, montre un foisonnement de formes et de matières : une prolifération organique de cheveux, de fragments de corps, reflets et moires d’étoffes. Le portrait devient dédoublement d’un visage engendré par lui-même ou encore évanouissement dans son propre contour. La matière du tirage, ténébreuse, opaque, et cependant légère et translucide, laisse affleurer la texture du papier qui ajoute au raffinement des formes et des pigments.

.........Le rendu à la fois sensuel et onirique à l’image des modèles qu’il photographie dans les coulisses des défilés de mode s’il peut évoquer des qualités picturales, demeure cependant ancré dans le champ de la photographie. Sa surface ne joue pas sur les épaisseurs de matière de la peinture mais sur un vocabulaire plastique original, personnel, véritablement photographique.

 

Anne Biroleau-Lemagny (Conservateur Général chargée de la photographie contemporaine du 21 siècle)